La peur, une vue de l’esprit !

« La peur, une vue de l’esprit ! » : cette idée que je lis dans beaucoup d’ouvrages de coaching ou de développement personnel m’horripile à chaque fois au plus haut point!
Oui ! Même quand j’écris ce texte, j’ai peur. Peur de me montrer. Peur que cela ne plaise pas, des critiques, que cela n’intéresse personne, peur de dire n’importe quoi, etc. Et je peux vous le garantir, ce n’est pas une vue de mon esprit. C’est bien réel. Cela m’a d’abord freiné, j’ai dû me mettre un coup de pied au c… prendre mon courage à deux mains pour arrêter ce que j’étais entrain de faire, pour donner de la valeur à cette envie d’écrire et à ce sujet. La peur créer des obstacles; il a fallu lutter contre mes résistances intérieures me faisant croire que, tout ce que j’étais entrain de faire d’autre, avait plus d’importance. Lutter pour simplement allumer mon ordinateur (plutôt facile habituellement) et me mettre à poser ces mots en essayant de ne pas me laisser prendre par mes jugements, par la difficulté de ne pas trouver tout de suite les bonnes tournures, la bonne structure, par l’envie d’abandonner, etc.

Et puis à votre avis, pourquoi untel s’est construit un caractère toujours sympathique (et finit par se faire « marcher sur les pieds ») si ce n’est pour se protéger, par peur des conflits voire de toute confrontation…. ? Ou à l’opposé, pourquoi d’autres construisent un caractère dur, en conflit perpétuel et gardant tout le monde à distance, si ce n’est pour se protéger, par peur de la proximité, de l’intimité… ?
Et qu’est ce qui fait que vous vous tenez debout et marchez tous plus ou moins pliés en avant et avec les épaules relevées, en enfonçant votre tête dans votre cou (à des degrés différents, bien sûr) si ce n’est pour vous protéger d’un danger (lequel ? Une peur ancestrale ? De prédateurs ? )…. ?! Vous êtes tellement tendus, incapables de vous relâcher entièrement et dépensez ainsi tant d’énergie inutile, par peur !

Ces exemples vous paraissent peut-être un peu clichés ou simplistes ? (Quoique ?!) Ils sont pourtant sur un fond de vérité et montrent ce dont je veux parler… Que la peur est bien réelle et omniprésente dans vos vies. On y voit même qu’elle conditionne ce que vous devenez puisque s’inscrivent en vous des postures, des expressions, des caractères, des attitudes pour éviter des situations, des contextes ou encore des personnes associés à des dangers et qui vous feraient revivre de la peur!

Chat échaudé craint l’eau chaude…et froide…et puis l’eau tout court…
Combien d’entre vous ont été profondément blessés par une relation d’amour et combien d’entre vous sont tellement pris par la peur de revivre cela qu’ils préfèrent rester seuls ou qu’inconsciemment ils sabotent la réussite de toute nouvelle rencontre… ? Alors qu’il n’y a peut-être plus de danger cette fois… ! (Au passage, on voit là, la puissance de la peur agissant même à notre insu… Et sans qu’aucun mécanisme ou danger n’ait même pu être identifié! On ne sait pas pourquoi on se retrouve à nouveau dans la même situation dont on voulait sortir … Mais en sécurité ! Enfin a priori… ! )

(Au passage, je m’adresse à vous directement pour avoir toute votre attention mais vous l’avez compris au début de ce texte, je ne fais pas exception ! Je devrais écrire « Nous » !)

Et le courage alors? Si la peur n’est qu’une vue de l’esprit, le courage aussi ?! Puisque sans peur aucun courage n’est nécessaire, non ?!
Pas besoin de courage pour manger une bonne glace ! Sauf peut-être si vous êtes diabétique… Et là il vaut mieux ne pas en avoir (de courage). Il vaut mieux se laisser prendre par la peur et fuir! Pourquoi…? Parce que dans ce cas il y a un véritable danger ! Un danger réel !! Et c’est là que se trouve parfois la vue de l’esprit, et non dans la peur : la peur est toujours réelle, le danger, pas toujours ! Certains ne sont pas, ou surtout ne sont plus réels ! Ils sont imaginaires et pourtant nous font peur ou nous limitent réellement ! Ils sont portés par des croyances qui ne s’appuient (plus) sur rien !
Essayez de dire à quelqu’un qui a le vertige de monter sur une chaise. Et ajoutez « n’aie pas peur, il n’y a aucun danger »… ! Il n’y a vraiment pas de danger pour vous, mais pour lui…?!
En fait il se produit en lui la réaction la plus naturelle et la plus efficace qui soit : son cœur et sa respiration s’accélèrent, son champ visuel se réduit, son sang se concentre dans les organes vitaux, sa digestion ralentit (parce qu’elle devient secondaire – au passage, c’est simplement pour cela qu’on digère mal quand on est stressé), etc… Oui, tout son corps se suractive et se prépare à réagir face au danger imminent (imaginaire dans ce cas, une chute de 50 cm!). Mais il est prêt.

Voilà ce qu’est en réalité la peur : un ajustement naturel, un processus naturel et sain qui ne doit surtout pas être confondu avec une vue de l’esprit. Parce que lorsque le danger est bien réel, il vaut mieux que la peur nous mettent en mouvement, nous fasse agir pour nous protéger. Elle est extrêmement importante. (Malheureusement elle nous fige parfois, surtout quand on a du mal à l’accueillir… Encore un autre sujet sur lequel j’écrirai peut-être plus tard, si je trouve le courage !).

Et voilà pourquoi je suis exaspéré par cette idée que la peur serait une simple vue de l’esprit. Bien qu’elle soit difficile à vivre, vous ne pouvez pas vivre sans elle ! C’est même essentiel de savoir l’apprivoiser pour réellement vivre. C’est-à-dire de se confronter toujours à l’inconnu. Trouver les ressources en soi pour s’épanouir en prenant le risque (qui comporte de la peur) d’aller vers le monde, les autres, etc.

Par contre vous voyez souvent des dangers là où il n’y en a pas, ou plus: vous pouvez, par exemple, être persuadés que toute relation d’amour est dangereuse, tant vous avez souffert d’une en particulier… Que toute confrontation est dangereuse tant vous avez pris de coup dans certaines… Que tout contact est intrusif, tant une personne en a abusé, etc. Et parfois votre vie se remplit de peurs bien réelles (mais de dangers illusoires, obsolètes) jusqu’à vous faire trop souffrir et vous enfermer !

Connaissez-vous les « chiens blancs » ? Ce sont des chiens qui ont été dressés pour agresser, voire tuer, les hommes de couleur noire aux Etats-Unis, il fut une époque…Comment ont-ils été dressés ? On a payé un homme noir pour les tabasser quand ils étaient tout jeunes et fragiles! Depuis, dès qu’ils en rencontrent un, ils ne peuvent plus ne pas l’agresser… En fait lorsqu’un « chien blanc » croise un homme noir, il ressent la peur de se faire tabasser. Et elle le pousse à réagir comme tout animal (y compris les hommes) face à un danger : fuite ou combat pour détruire le danger (ou figement, autre sujet)… Donc comme il sent qu’il peut prendre le dessus il ne fuit pas, il mord ! Ce qui est inapproprié dans la réaction de ce chien, ce n’est pas sa peur et son agressivité, c’est la perception erronée que cet homme noir lui veut du mal… ! En fait les psychologues utiliseraient le mot « traumatisme » pour décrire ce qu’ont vécus ces chiens. Ils sont traumatisés.

J’ai découvert il y a très longtemps les « chiens blancs » en regardant un reportage dans lequel on tentait de les « guérir », c’est-à-dire de les débarrasser de cette réaction, en essayant de les refamiliariser avec des hommes noirs bienveillants, mais cela ne fonctionnait malheureusement pas…

Heureusement, vous n’êtes pas de simples animaux. Vous êtes bien plus riches. Vous pouvez « renégocier » vos traumatismes. Vous avez un minimum conscience et sentez ce qui se passe en vous et un minimum de pouvoir dessus. Vous pouvez vous libérer de souffrances et de blessures. Vous pouvez interagir avec les autres et le monde, et réajuster vos croyances et vos perceptions afin de ne plus subir les peurs et les souffrances qu’elles engendrent. Vous pouvez retrouver confiance dans le monde, les autres, le « vivant ».

Et c’est justement un accompagnement particulier de ce processus de réajustement qu’offre une psychothérapie.

Patrick Zilliox

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